FOCUS N°2 : BÂTIMENTS BIOSOURCÉS ET RÉNOVATION ÉNERGÉTIQUE, DES BÂTIMENTS DEVENUS PROTOTYPES
La rénovation énergétique et le recours croissant aux matériaux biosourcés transforment en profondeur la conception et le fonctionnement des bâtiments. Isolation par l’extérieur, façades complexes, matériaux composites ou bois modifient les comportements au feu et les conditions de propagation des incendies. En France, le nombre d’habitations neuves construites avec des matériaux biosourcés est en réelle progression.
“En 2024, la part de marché des matériaux biosourcés dans l’isolation thermique a atteint 11 %, tandis que la construction bois représentait 6 % pour le résidentiel neuf et 13 % pour le tertiaire.”
Dans ce contexte, les bâtiments tendent à devenir des ensembles techniques singuliers, combinant matériaux innovants, exigences environnementales et usages intensifs. Chaque opération constitue, de fait, une configuration spécifique, dont les performances réelles en situation d’incendie restent parfois insuffisamment documentées.
Ces évolutions interrogent la capacité des cadres actuels de sécurité incendie à garantir un niveau de protection constant pour les occupants et les intervenants. Elles soulignent la nécessité d’intégrer pleinement la maîtrise du risque incendie dans les politiques de rénovation et de construction durable, afin que les objectifs environnementaux ne se traduisent pas par de nouvelles vulnérabilités.
L’exemple de Grésy-sur-Aix : quand le risque incendie change de nature
Le 11 août 2024, un incendie s’est déclaré dans un ensemble résidentiel récent à Grésy-sur-Aix, commune périurbaine située au nord d’Aix-les-Bains. En quelques heures, celui-ci a détruit ou rendu inhabitables plusieurs dizaines de logements, entraînant le relogement durable d’une trentaine de familles. Plus de cinquante sapeurs-pompiers ont été mobilisés, avec des moyens lourds, afin d’éviter la propagation à l’ensemble du quartier. Si le sinistre n’a pas causé de pertes humaines, ses conséquences matérielles et sociales se sont inscrites durablement à l’échelle du territoire.
Cet événement révèle une évolution du risque incendie. Les bâtiments récents, conçus pour répondre aux exigences de performance énergétique, associent des enveloppes très étanches, des façades techniques, des matériaux composites et une densité accrue d’équipements électriques. Cette combinaison peut favoriser des propagations rapides, notamment par l’extérieur, et réduire les marges de maîtrise en phase initiale.
À Grésy-sur-Aix, l’incendie ne met pas en cause une défaillance isolée, mais l’effet cumulatif de systèmes interconnectés (bâti, énergie et usages) susceptibles de transformer un départ de feu localisé en crise territoriale, notamment en raison de la puissance décuplée du feu, non soutenable pour le sapeur-pompier. Il souligne ainsi la nécessité d’intégrer pleinement la sécurité
incendie dans les choix de construction, de rénovation et d’aménagement, dès l’amont des projets.
Paris XIIe : Immeuble Le Messager : un sinistre au coeur des nouveaux modèles constructifs
Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2025, un incendie s’est déclaré sur le chantier de l’immeuble Le Messager, dans le XIIe arrondissement de Paris. Le bâtiment, encore en construction, a été largement ravagé par les flammes et menaçait de s’effondrer au lendemain du sinistre. Une personne a été légèrement blessée. Conçu comme un projet pilote réversible bureaux/logements, l’édifice devait être livré dans les mois suivants.
Ce bâtiment R+7 de 9 800 m², à ossature majoritairement bois, incarnait une nouvelle génération de constructions bas carbone, fondées sur l’usage massif de matériaux biosourcés et la sobriété énergétique. La structure, les planchers et une grande partie des façades reposaient sur le bois, avec un niveau élevé d’intégration de matériaux végétaux.
Cet incendie met en lumière un angle mort encore insuffisamment traité : la vulnérabilité spécifique des bâtiments innovants en phase chantier, période durant laquelle les dispositifs définitifs de sécurité ne sont pas pleinement opérationnels. Il souligne également les enjeux associés à la réversibilité des usages et aux choix constructifs contemporains, qui combinent ambitions environnementales, complexité technique et nouveaux scénarios de risque.
Les professionnels signalent, par ailleurs, une évolution préoccupante observée sur certains chantiers : des vols d’équipements ou de matériaux peuvent être suivis d’incendies volontaires destinés à effacer les traces des intrusions. Dans des bâtiments où la part de matériaux biosourcés est importante, ces départs de feu peuvent rapidement prendre de l’ampleur, en raison de la charge calorifique disponible et de l’absence, à ce stade du chantier, des dispositifs définitifs de protection incendie.
À Paris comme ailleurs, cet événement rappelle que la transition du secteur du bâtiment ne peut faire l’économie d’une intégration renforcée de la sécurité incendie, y compris dans les phases transitoires des projets, afin d’éviter qu’un démonstrateur environnemental ne devienne un point de fragilité territoriale.